« Il m’a reçu comme une grosse merde dans son cabinet. Ça a duré un quart d’heure et ça a suffi pour foutre ma vie un peu plus en l’air. » Patricia (le prénom a été modifié) sent monter la colère lorsqu’elle évoque le docteur Henri Brunner. Le psychiatre est régulièrement mandaté par le tribunal judiciaire de Strasbourg, la Cour d’appel de Colmar ou encore des assurances pour fournir une expertise qui peut être déterminante pour l’issue d’une audience ou d’une demande d’arrêt maladie.
Des abus sexuels vus comme une « relation amoureuse »
Au courant de l’année 2021, cette dame de 55 ans doit se rendre chez un expert-psychiatre dans le cadre d’une demande de congé longue maladie. Victime d’abus sexuel de la part d’un prêtre au cours de son adolescence, le traumatisme est encore vivace, près de quatre décennies plus tard. Plongée dans une dépression chronique, diagnostiquée par sa psychiatre, Patricia ne parvient plus à dormir, à se lever et à mener sa vie quotidienne. Reçue par le Dr Brunner dans le cadre d’une procédure juridique, 15 minutes ont suffi à l’expert-psychiatre pour émettre un avis sans appel :
Les maltraitances des expertises psychiatriques du Dr Brunner, une affaire révélée par Rue89 Strasbourg
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Depuis 2022, Rue89 Strasbourg a été destinataire d’alertes évoquant des cas de maltraitance par le Dr Henri Brunner. Toutes ces alertes racontaient des vies brisées par des expertises bâclées, l’attitude méprisante et les propos insultants du médecin. Autre constante : la passivité des institutions à laquelle les victimes se retrouvaient confrontées. Car qui va croire une personne expertisée « paranoïaque » ? « Le Dr Brunner est intouchable, c’est un psychiatre renommé, expert judiciaire depuis plus de 20 ans, un intime des tribunaux et des avocats », précisaient les victimes, qui n’y croyaient plus…
Nous avons écouté ces personnes. Elles nous nous ont détaillé comment leurs vies ont basculé après seulement quelques minutes d’entretien. Rue89 Strasbourg étant un média indépendant, nous sommes peu sensibles aux renommées et personne ne peut nous décourager d’enquêter. Ce que nous avons fait, en allant rencontrer les victimes, les témoins. Puis nous avons publié les éléments factuels et nous avons relayé les plaintes déposées devant l’ordre des médecins. En trois ans, nous avons mis au jour un mécanisme qui broie des individus et qui les écrase, sans qu’ils n’aient de possibilité de recours.

Cette injustice qui a frappé des milliers de personnes en Alsace a été rendue visible par un travail d’enquête qui a besoin de votre soutien. Même si vous n’êtes pas directement concerné·e par les expertises psychiatriques, chaque abonnement compte pour consolider à Strasbourg en en Alsace un journalisme engagé, capable d’écouter et de donner de la voix aux victimes d’injustices.
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