La Ville de Strasbourg met l’accent sur la place du vélo et mène des campagnes pour inciter les habitants à abandonner la voiture au profit des transports alternatifs. La pose récente d’un compteur de vélos devant la Cité de la Musique et de la Danse va dans ce sens. Mais parfois, circuler à vélo peut relever du parcours du combattant. Exemple à la Robertsau sur un tronçon particulièrement dangereux pour les deux roues.
Entre le carrefour Wantzenau / Papeterie / rue de l’Ill et la rue Boecklin, nulle place pour les cyclistes. C’est un goulot d’étranglement. Toute la circulation de la Robertsau du sud vers le nord passe par ce carrefour.
Le carrefour est réservé aux voitures. Les piétons y sont à peine tolérés, les cyclistes en sont totalement exclus. Les pistes cyclables commencent, s’arrêtent et reprennent plus loin. Pourtant, s’il y a bien un endroit où il faut proposer aux deux roues un espace sécurisé, c’est bien là.
Il y a bien une piste qui part du pont Phario, rue de l’Ill, mais elle se prolonge uniquement vers la rue de la Papeterie et le quartier Renaissance. Impossible de passer du nord au sud entre la Papeterie et la rue Boecklin où, comme par magie, une bande cyclable refait son apparition.
Un vélo qui l’emprunte y court de grands risques car c’est un axe particulièrement chargé et emprunté par de nombreuses lignes de bus.
Pour passer ce « noeud » en toute sécurité, les cyclistes doivent faire preuve d’imagination et prendre des chemins de traverse. Comme par exemple la rue du Docteur François ou la rue de la Fabrique. Mais c’est aussi prendre des petites rues, également utilisées par les voitures ou par les piétons, et c’est au prix de détours alors que les trajets normaux sont réservés aux voitures et aux bus.
Le problème du vélo à Strasbourg est bien là : il n’y a pas d’axes continus inter-quartiers. Les pistes existent, mais au petit bonheur des aménagements, et finissent souvent sur la route ou sur les trottoirs. Et parfois, alors que les besoins d’aménagements se font cruellement sentir, ils sont absents.
Mélanie Le Morzedec, présidente du CADR, est bien consciente du problème :
« Le dialogue avec la Ville est constant. Mais, quand nous voyons un point noir, nous faisons du cas par cas. Il n’y a aujourd’hui pas de vision d’ensemble du transport vélo à Strasbourg. Notre association va travailler sur les grands boulevards, comme l’avenue des Vosges ou le boulevard de Lyon, mais il faut aller plus loin et véritablement proposer des circuits sécurisés pour les vélos. C’est important si on veut véritablement développer les transports doux, mais aussi pour éviter le conflit piéton cycliste. »
Le vélo serait-il encore considéré comme secondaire dans la ville par les urbanistes ? Car les voitures et les transports en commun bénéficient d’une continuité de la route sur l’ensemble du territoire alors que les cyclistes doivent toujours jongler avec ce qui existe. Les pistes servent souvent d’espace supplétif aux voitures, qui n’hésitent pas à se garer dessus.
Le vélo est certainement le moyen le plus adapté pour les déplacements dans les villes et dans les quartiers. Avec l’augmentation du prix de l’essence, la rareté des places de parking et les changements climatiques, c’est le transport individuel du futur. Mais il faut impérativement, pour vraiment le développer, le sortir de son image militante ou contrainte et avoir une réflexion d’ensemble pour proposer des axes de circulation intelligents et sécurisés.
A l’occasion des prochaines élections municipales, peut-être faudra-t-il aller plus loin que les déclarations d’intention, et s’assurer qu’à la Robertsau comme ailleurs, que les pistes cyclables ne disparaissent pas aux endroits complexes.
Aller plus loin
Sur le blog Vélo Strasbourg : d’autres articles sur la pratique du vélo (par l’auteur de ces lignes)
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