Le Palais des fêtes était bien rempli dans la soirée du jeudi 12 septembre, pour accueillir la première réunion publique organisée par la commission d’enquête sur l’extension du tramway vers le nord de l’agglomération (le dossier du « tram nord », retrouvez tous nos articles ici). Sur scène, la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (Les écologistes), le vice-président de l’Eurométropole aux mobilités, Alain Jund (Les écologistes) avec son écharpe verte, et quatre techniciens et technicienne issus de l’administration et du cabinet de conseils en déplacements Roland Ribi & Associés.
Tous ont projeté à tour de rôle sur un grand écran une présentation du projet qui consiste à relier Bischheim, l’ouest de Schiltigheim à Strasbourg en tram. Il a été découpé en trois volets : le passage du tram par l’avenue des Vosges et le réaménagement de la place de Haguenau en un vaste parc, le passage par la route de Bischwiller jusqu’à la cité des Écrivains à Bischheim et le réaménagement des boulevards et de la place de la Gare centrale à Strasbourg. Après une heure d’écoute plus ou moins sage, les questions sont vite apparues.
Première à tirer, Nathalie Albres, gérante d’un salon de coiffure dans le quartier des Contades, demande comment faire pour que le projet soit annulé, sous les vivats d’une partie de la salle. Comme ça, l’ambiance a tout de suite été posée.
Des airs de débats déjà entendus
Puis d’autres ont pris la parole, il s’agissait pour la plupart de personnes déjà très impliquées dans la vie publique comme Yazid Knibiehly, président de l’association du Grand Neuhof et responsable des Jeunes républicains du Bas-Rhin, ou dans le débat sur le tram nord comme Arieh Adida qui anime une association d’habitants opposés au projet, Louisa Krause, présidente de Col’Shick, qui a également pris position contre le tram nord, Jacques Bresson de Montramjytiens, favorable au tram nord, etc.
L’ensemble pouvait donner l’impression d’un dialogue déjà entendu lors de précédentes réunions publiques (lire ici, ici ou ici), avec au premier rang des objections les suppressions de places de stationnement suivies des craintes d’embolie de la circulation en raison de la suppression de deux axes majeurs de transit. Jeanne Barseghian et Alain Jund n’ont guère convaincu en évoquant la construction d’un parking de 230 places, rue Kablé, pour remplacer les 450 places supprimées en voirie. Le cabinet RR&A a bien tenté d’expliquer que les nouvelles places seraient à cinq minutes, rien ne remplace une voiture sous ses fenêtres…
Les éléments les plus précis sont venus des agents de l’administration présents. Gilles Brossard, responsable des projets tram pour l’Eurométropole, a ainsi répondu à la question, récurrente elle aussi, des performances de la voie partagée entre le tram et les voitures avenue des Vosges et de la ligne unique à Schiltigheim :
« Le tram A utilise déjà une voie unique de 600 mètres à Illkirch-Graffenstaden et c’est une ligne très performante. Sur la voie partagée, c’est un peu nouveau à Strasbourg et nous nous appuyons sur l’expertise de villes qui ont déjà des voies mixtes, comme Berne, où le tram est utilisé conjointement avec 10 000 véhicules par jour. On en sera loin avenue des Vosges. »
Gilles Brossard a également répondu à une question sur le taux de rentabilité interne, le fameux TRI dénoncé par l’opposition lors d’une conférence de presse deux jours plus tôt. Selon lui, le projet a mûri depuis ses premières phases pour atteindre un TRI de presque 5% dans sa phase finale, ce qui le rendrait « économiquement viable, compte-tenu de tous les aménagements connexes ».
Au fur et à mesure que la soirée avance, les personnes opposées à ce projet dans la salle s’enhardissent et huent les élus et les orateurs qu’ils jugent trop favorables au tram nord. Des habitants ont des questions très précises sur l’accès à leurs parkings privés, d’autres évoquent des liaisons rendues délicates avec la Robertsau, etc.
Après trois heures de réunion, Jean Annaheim, président de la commission d’enquête, estime qu’il est temps d’en finir et donne la parole à Jeanne Barseghian pour conclure. La maire de Strasbourg en a profité pour répondre à celles et ceux qui l’accusent « de mettre en œuvre un “projet idéologique”. Ce qui serait idéologique, ce serait de ne rien faire pour les 500 décès chaque année dans l’Eurométropole, dus à des problèmes respiratoires. »
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